LES TRAITEMENTS MEDICAMENTEUX ET INSTRUMENTAL DES HEMORROÏDES



Connues depuis l'Antiquité, les hémorroïdes sont des formations vasculaires normales, présentes dès la naissance, associant dilatations veineuses et shunts artérioveineux, ayant un rôle physiologique mal déterminé. Les hémorroïdes internes (HI) sont situées sous la muqueuse cylindrique de la partie haute du canal anal, au-dessus de la ligne pectinée et sont soutenues par le ligament suspenseur de Parks. En relation étroite avec les HI par un réseau anastomotique très développé, les hémorroïdes externes sont situées dans l'espace périanal.


La pathologie hémorroïdaire est observée dans les deux sexes, préférentiellement chez le sujet de niveau socio-économique élevé, entre 45 et 65 ans. Largement étudiée et motif fréquent de consultation, elle reste mystérieuse sous de nombreux aspects (Tableau 1).




L'étiopathogénie relève d'un processus multifactoriel complexe, à composantes mécanique, sphinctérienne, vasculaire, inflammatoire et/ou hémorrhéologique et les facteurs favorisants sont controversés (Tableau 2).

L'histoire naturelle est donc imprévisible. Toutes ces incertitudes expliquent la multiplicité des traitements. En pratique, on distingue les traitements médicamenteux et instrumental du traitement chirurgical et nous avons tenté de préciser leur place respective dans la prise en charge thérapeutique. Bien sûr, il n'est point besoin de rappeler la nécessité d'une exploration colique préalable en cas de facteurs de risque ou de signes d'orientation.

TRAITEMENT MEDICAMENTEUX

Proposé en première intention, il est quasi incontournable.

Hygiène de vie
Il faut déconseiller les efforts de poussée excessifs lors de la défécation, lutter contre la sédentarité et une hygiène anopérinéale satisfaisante est nécessaire.

Diététique
Dans le but de régulariser le transit, un régime enrichi en fibres est conseillé, auquel on peut adjoindre un traitement laxatif. Il est recommandé de supprimer les épices, le café ou l'alcool, qui pourraient favoriser les saignements ou les thromboses chez certaines malades.

Traitements topiques
En dehors des bains de sièges chauds ou des glaçons classiquement proposés, il existe de nombreux topiques : suppositoires, pommades ou crèmes, composés d'anesthésiques, corticoïdes, antiseptiques, antibiotiques, vitamines, spasmolytiques, anticoagulants, etc., dont l'efficacité réelle en pratique clinique est scientifiquement peu documentée.

Veinotoniques
De nombreuses molécules sont proposées dans la " crise hémorroïdaire ", à base de flavonoïdes, diosmine, troxérutine, Gingko biloba, intrait de marron d'Inde, vitamine PP, etc. Toutefois, leur mode d'action n'est pas clair, les études ouvertes de méthodologie discutable, les essais contrôlés rares et les résultats peu satisfaisants.

Anti-inflammatoires non stéroïdiens
Leur effet antalgique est majeur dans les thromboses et après hémorroïdectomie, mais ils n'ont pas fait l'objet d'études contrôlées.

TRAITEMENT INSTRUMENTAL

L'efficacité du traitement médicamenteux restant modeste, on est souvent amené à proposer un traitement instrumental. Les diverses techniques ont en commun de détruire le tissu hémorroïdaire par un effet chimique (sclérose), thermique (congélation, photocoagulation ou électrocoagulation) ou mécanique (ligature élastique), laissant une cicatrice fibreuse qui obture le réseau vasculaire sous-muqueux et, en adhérant au plan profond, fixe la muqueuse à l 'intérieure du canal anal. Elles ont pour avantage d'être réalisées en ambulatoire, sans préparation préalable.

Techniques

² Sclérose
Apparue vers la moitié du XIXe siècle et introduite en France par Bensaude, vers 1920, elle a été la seul technique disponible pendant plusieurs décennies.
A l'aide d'une aiguille munie d'un prolongateur, on injecte en zone sus-hémorroïdaire interne 1 à5 ml de produit par site, en évitant le pôle antérieur, à raison d'une à deux injections par séance et de trois à six séances espacées de 8 à 21 jours. L'huile phéniquée n'est plus commercialisée et le laboratoire Fuca a cessé la fabrication du chlorhydrate double de quinine et d'urée à 5M% (Kinuréa H). Le polidocanol ou leuromacrogol (Aetoxisclérol) n'a pas l'autorisation de mise sur le marché en France, mais semble efficace.
Aisées à réaliser, en général bien tolérées, les injections se compliquent rarement de douleurs en cas d'injection trop profonde ou trop basse, saignement immédiat ou retardé, malaise vagal, prostatite, hématurie, hémospermie en cas d'injection médiane antérieure, ou, exceptionnellement, sténose anale en cas d'injections trop nombreuses, suppuration pelvienne ou syndrome hémolytique et urémique.

² Ligature élastique
Connue depuis 1870, elle a été introduite en France par Soullard en 1966.
Le ligateur à aspiration, le plus utilisé en France, permet la mise en place d'un élastique en zone sus-pectinéale, à la base de l'HI aspirée et invaginée dans le cylindre interne de l'appareil. L'hémorroïde ainsi strangulée se nécrose en quelques jours, laissant une cicatrice scléreuse en deux à trois semaines. Il est recommandé de placer un élastique par séance, à raison de trois à cinq séances, espacées de trois ou quatre semaines.
Des complications, le plus souvent bénignes, peuvent survenir : douleurs immédiates ou retardées, en cas de ligature trop basse, d'extension de la nécrose à la muqueuse sensible ou de thrombose, ou saignements, par chute d'escarre, entre 7 et 10 jours après la ligature. Plus rarement, des malaises vagaux, une dysurie ou un priapisme ont été décrits. Exceptionnellement, des sepsis pelvi-périnéaux à germes anaérobies ont été rapportés dans la semaine suivant la ligature. Une antibiothérapie préventive n'est pas systématiquement recommandée mais la vigilance s'impose, notamment chez le sujet immunodéprimé, avec hospitalisation immédiate en cas de fièvre, de signes urinaires et de douleurs, étant donné le pronostic vital.

² Congélation
Elle est apparue dans les années 70.
Une cryode est posée au contact des HI, en sone sus-pectinéale, pendant une durée de 30 secondes à 3 minutes, éventuellement après ligature du paquet à congeler. L'effet immédiat, sous la forme d'une zone blanchâtre, déborde autour de la cryode puis le paquet se nécrose et la cicatrisation se fait en trois à quatre semaines. Le nombre d'applications et de séances nécessaires n'est pas clairement établi.
La réaction inflammatoire induite peut être douloureuse et des suintements peuvent survenir ainsi que des thromboses, ses saignements ou des complications septiques.

² Autres techniques
La coagulation monopolaire à courant direct (Ultroïd) ou bipolaire (Bicap), la sonde Heater-Probe et le laser ont un mode d'action mal connu et leurs modalités d'utilisation sont imprécises.

Place respective et résultats des traitements instrumentaux.

La photo coagulation a les mêmes indications que la sclérose avec une efficacité identique, une tolérance peut-être meilleure mais un matériel plus coûteux. Une méta analyse a montré l'efficacité supérieure des ligatures sur la sclérose et la photo coagulation, au prix de complications parfois sévères, amenant les auteurs à recommander la sclérose ou la photo coagulation dans les HI de grades 1 ou 2 et réserver les ligatures au grade 3. La méta analyse plus récente de MacRae et al. a montré, à partir de dix essais contrôlés, que la ligature était plus efficace que la sclérose ou la photo coagulation, avec davantage de douleurs mais moins de séances, quel que soit le grade des HI traitées, incitant à considérer la ligature élastique comme le traitement instrumental de choix. La congélation est en principe indiquée dans les HI de grandes 1 ou 2 mais, malgré une période initiale de vogue, elle tombe en désuétude du fait du matériel coûteux et de résultats mitigés. La coagulation mono polaire ou bipolaire, la sonde Heater-Probe ou le laser seraient indiqués dans le HI de grades 1 ou 2 mais sont peu utilisés en France.
Les essais ouverts suggèrent que les techniques instrumentales seraient efficaces chez 70 à 90% des patients après une à trois séances. Toutefois, le recul important de quelques études a souligné leur bénéfice temporaire, les résultats se détériorant en cinq à dix ans, chez la moitié des patients, amenant à répéter le geste ou discuter la chirurgie dans environ 10% des cas.

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